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mercredi 24 avril 2019

Le lanceur d'alerte de Notre-Dame s'exprime sur les conséquences de l'incendie


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INTERVIEW EXCLUSIVE. L'ingénieur du CNRS Paolo Vannucci, auteur d'un rapport classé "confidentiel défense" en 2016 sur les risques d'incendie dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, répond aux questions de Batiactu sur les effets destructeurs du sinistre du 15 avril 2019 et sur les possibilités de reconstruction de l'édifice gothique.

Batiactu : Vous ne pouvez pas vous exprimer sur les causes de l'incendie de Notre-Dame de Paris puisque l'enquête est en cours, mais quel est votre sentiment actuel ?
Paolo Vannucci : L'accident est probablement lié aux travaux. L'élément déclencheur je ne le connais pas mais l'incendie dans les combles a eu des effets catastrophiques dont l'effondrement de grandes parties de la voûte. Nous avions mis en évidence ces risques à l'époque, en 2016. Plus récemment, nous avons publié un autre article, cette fois sur la résistance au vent de Notre-Dame de Paris. Mais aujourd'hui, sa structure est changée, puisque la charpente a disparu, ainsi qu'une partie des voûtes. Aussi nous nous interrogeons sur les effets d'une exposition à des vents violents. Le modèle numérique a été mis à jour afin de procéder à des simulations, même s'il est difficile de connaître l'état exact de matériaux qui ne sont pas homogènes.

Batiactu : Et quelles sont les premières conclusions de ces calculs ?
Paolo Vannucci : Il y a une importante perte de résistance au vent, de l'ordre de 60 %. La vitesse des vents critiques que la cathédrale pouvait supporter avant un effondrement des voûtes était de 222 km/h avant l'incendie. Elle n'est plus que de 90 km/h aujourd'hui ! Il existe bien sûr des incertitudes sur ces données, mais Notre-Dame a réellement perdu de sa capacité de résistance. Et cette situation va perdurer pendant les semaines ou les mois qui viennent. Les voûtes ont été exposées à des hautes températures, et les pierres et mortiers ont subi des dommages. La résistance en compression a été amoindrie. Des tests devront être réalisés pour savoir s'il est possible de seulement restaurer ces voûtes ou s'il faut les reconstruire entièrement.

Batiactu : A votre connaissance, des destructions similaires ont-elles déjà eu lieu ?
Paolo Vannucci : En France, il y a eu trois exemples connus. En 1836, la cathédrale de Chartres a subi un incendie pendant un chantier de maintenance. C'est un copié-collé de la situation à Notre-Dame. Les combles ont été détruits par un feu impossible à arrêter, et tout s'est transformé en brasier en 20 minutes. A la cathédrale de Reims ensuite, en 1914, qui a été bombardée par les Allemands. Les dégâts faits par les 288 obus étaient inférieurs aux destructions vues à Notre-Dame de Paris ! En 1972 enfin, la cathédrale de Nantes a eu sa charpente brûlée pendant une opération de maintenance, elle-aussi. Et d'autres monuments que des cathédrales ont été endommagés récemment par des incendies de charpentes : le château de Lunéville et le palais du Parlement de Bretagne à Rennes.

"Des ouvriers ont reconnu qu'il leur arrivait de fumer sur les échafaudages"


Un article du Canard enchaîné du 24 avril 2019 revient sur le sinistre qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris. Plusieurs pistes sont évoquées, dont le fait que des ouvriers aient reconnu, d'après le palmipède, avoir fumé sur les échafaudages. La police aurait ainsi retrouvé sept mégots. Devrait également être exploré le fait que des cloches électrifiées étaient installées dans la flèche qui est tombée. "Rien ne permet d'affirmer que l'alimentation électrique de ces carillons ait connu un court-jus à 18h04 [heure à laquelle ils ont tinté pour la dernière fois, NDLR]. Mais cette hypothèse est prise au sérieux par des experts de la cathédrale." "Une conjecture renforcée par le fait que des ouvriers ont posé dans les combles une partie des échafaudages de la flèche. Avec le risque d'abîmer, par mégarde, des câbles et des branchements", continue le Canard.

L'hebdomadaire satirique revient également sur une éventuelle défaillance humaine quant à la première levée de doutes - l'alerte incendie a effectivement sonné une première fois à 18h21, puis à 18h30. Après la première sonnerie, "le régisseur et un agent de sécurité de la cathédrale se sont trompés d'endroit et n'ont donc rien pu détecter !", assure le journal. "Aucun rapport avec un bug informatique. Ils accusent aujourd'hui l'employé du PC sécurité (de la société Elitys) de leur avoir fourni des infos erronées. Ce que démentent, furax, les patrons d'Elitys contactés par le Canard."

Batiactu : Les chantiers de reconstruction de ces monuments peuvent-ils servir d'exemple ?
Paolo Vannucci : A Chartres, la charpente a été reconstruite en acier, car c'était le matériau à la mode au milieu du 19e siècle. A Reims, c'est du béton armé qui a été choisi, là aussi parce que le matériau était en vogue au 20e siècle. Pour Notre-Dame de Paris, il faudra tout d'abord observer la charte internationale de Venise (1964) sur la conservation et la restauration des monuments historiques, qui oblige à reconstruire à l'identique. Il faudra ensuite suivre la mode du moment, qui se trouve être la construction écologique en bois. Ce qui colle bien avec la cathédrale. Il n'y a pas, pour moi, de raison structurelle à changer de matériau. La charpente en bois s'est bien comportée pendant huit siècles. Et il existe encore des cathédrales gothiques avec charpente d'origine.


Batiactu : On entend certaines voix d'architectes ou d'ingénieurs qui militent pour de nouveaux matériaux comme le métal pour la charpente…
Paolo Vannucci : Faire plus léger n'est pas forcément une bonne idée. La structure sous-jacente a été réalisée en pierre pour supporter une charpente en bois et une couverture en plomb. La légèreté n'est pas un critère pertinent, puisque la cathédrale n'est pas située en zone sismique. Au contraire même, une toiture légère devra résister au vent, avec une grande surface de 10 mètres de hauteur. Pour ne pas qu'elle s'envole, il faudrait donc l'ancrer solidement dans la structure existante. Imposer une solution moderne ne sera pas la meilleure des choses. Nous avons aujourd'hui de très bonnes technologies et un savoir-faire très fort, notamment chez les Compagnons du devoir.

Batiactu : Mais le président de la République a promis un délai de 5 ans pour reconstruire Notre-Dame. Ce délai est-il tenable avec des solutions traditionnelles ?
Paolo Vannucci : Il faut savoir qu'à l'époque ils n'ont pas mis beaucoup plus de temps pour assembler la charpente. Avec les moyens d'aujourd'hui - de calcul, de préfabrication en usine, de transport, de levage - ce délai est largement faisable. J'ai même trouvé que c'était une bonne idée du président qui a le mérite de donner un coup de fouet. Il faut s'y mettre et concentrer l'attention de toute la nation. Le lamellé-collé, en sapin ou en mélèze, pourrait être une solution, même si le chêne est plus rigide et résistant. Si la structure en pierre est conservée, ce sera possible, en tout cas pour que le gros-œuvre soit achevé. Après tout, le Colisée de Rome a été bâti en 6 ans !

Batiactu : Pour le matériau de couverture, faudra-t-il également refaire une toiture en plomb ?
Paolo Vennucci : On pourrait opter pour du cuivre, comme à Chartres, mais il vire au vert. L'acier zingué est envisageable, pourquoi pas, tant que le métal à la même couleur que la toiture d'origine. Le tout sera de respecter la charte de Venise. Et de déployer des systèmes de protection incendie performant

Près de Reims, un nouveau procédé à partir de bois pour remplacer le charbon

Des travaux pour la construction d'un ensemble de production d'énergie à partir de bois ont débuté mardi près de Reims (Marne), un projet présenté comme une première mondiale et qui vise à se substituer au charbon dès 2020.
Cette usine, d'un coût de 100 millions d'euros, doit permettre d'éviter les émissions dans l'atmosphère de 230 000 tonnes de CO2 par an et de créer à terme quelque 350 emplois, une quarantaine sur le site de Pomacle-Bazancourt et le reste dans la filière forestière de la région Grand-Est.
Dès octobre 2020, une unité produira des granulés de bois obtenus par vapocraquage. Ce procédé breveté consiste à soumettre du bois broyé à une forte température et à une forte pression puis à libérer soudainement la pression pour transformer le bois en poudre. Ces pellets remplaceront le charbon utilisé jusqu'ici pour le chauffage d'environ 130 000 habitants d'un quartier rémois.
Cette unité alimentera aussi une centrale de cogénération qui produira à la fois de l'électricité - 90 GWh par an, soit l'équivalent de la consommation domestique de 30 000 habitants - et de l'énergie thermique sous forme de vapeur et d'eau chaude pour nourrir à la fois l'unité de biocombustible et une usine agro-alimentaire voisine. Les 350 000 tonnes annuelles de bois proviendront d'un rayon de 150 km autour du site marnais.
"Notre région est en train de s'affranchir du charbon", s'est exalté le président de la région Grand-Est, Jean Rottner. Présente pour le lancement des travaux, la secrétaire d'Etat à la Transition écologique et solidaire Emmanuelle Wargon a pour sa part salué un projet "enthousiasmant et exemplaire", "une belle réalisation issue du meilleur du privé et du public".
Pour Jean-Baptiste Marin, président d'Européenne de Biomasse - qui porte le projet avec la société d'investissement Meridiam, et Banque des Territoires-Caisse des Dépôts et Consignations - l'usine de Pomacle-Bazancourt est destinée à faire des petits sur toutes les régions forestières de France sur un marché qu'il estime à 16 milliards d'euros, "en augmentation de plus de 10% par an"

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