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vendredi 13 novembre 2020

Hautes-Alpes : Une "autoroute du quotidien(!)" pour poursuivre l'A 51 après la Saulce?

 Publié par Jean Eymar le ven, 13/11/2020 - 17:50 


 Après l' abandon de la poursuite de l' autoroute A 51 entre La Saulce et Grenoble ou plus précisément son report après 2050 (!), l'une des pistes étudiées est celle d'aménagements routiers sous forme de voie rapide concédée c'est à dire privatisée. Ainsi pourrait-on voir dans notre secteur une voie rapide à péage entre La Saulce et Montgardin via la vallée de l'Avance. Un décret (du 14 août !) porté par l'ex député des Hautes-Alpes devenu secrétaire d’État en charge de la ruralité, Joël Giraud, énonce en effet désormais de quelle manière certaines sections de routes nationales pourront être classées dans la catégorie "autoroute"... et donc concédées. Le décret indique ainsi que des portions de routes gérées par l’État, avec un profil 2x2 voies et chaussées séparées, situées dans le prolongement d'une autoroute, peuvent être intégrées au réseau d'autoroutes et donc être potentiellement concédées et justement lors de la présentation de ce décret, l'exemple cité était justement le prolongement de l'A51 à gabarit routier entre le péage de La Saulce et la vallée de l'Avance, qui pourrait désormais aller jusqu'à l'intersection de la RN94 et de la RD942 à Montgardin. L'idée est de désengorger ce genre de tronçons, en échange de leur entretien par les concessions, en l’occurrence Vinci/Escota, à condition qu'ils soient "couverts par une augmentation des tarifs raisonnable".

Mais les choses sont en fait plus compliquées. Une étude a été lancée pour le département des Hautes-Alpes et les résultats ne vont pas du tout dans cette direction longtemps soutenue par le député Giraud . Ce qui est préconisé est plutôt une voie rapide entre la sortie de l’autoroute à la Saulce et Gap sous forme de 2 fois 2 voies sur la RN 85 jusqu'à la rocade en lente réalisation dont la gestion pourrait aussi être privatisée. Il s'agirait d'une "autoroute du quotidien" (sic) concédé à Vinci reliant donc la rocade et à terme la RN 94. En clair dans un futur encore lointain on passerait par Gap pour rejoindre Chorges et la route des stations et du Briançonnais...En attendant la vallée de l'avance va faire l'objet d'aménagement avec des recalibrages ponctuels pour anticiper sur les jours de grand trafic et un nouveau rond point à (en version "light") pour régler le problème du feu de l'aérodrome de Tallard. Rien en revanche pour le légendaire bouchon de Montgardin les vendredi, samedi et dimanche en saison.

Quant à l'accès depuis le nord , depuis Grenoble... il va falloir prendre là aussi son mal en patience et il est presque plus probable de voir de notre vivant les voitures voller que ce chînon manquant réalisé....

L'idée d'une voie rapide dans la vallée de l'Avance semble donc être passé aux oubliettes et la poursuite même de l'A 51 n'est plus vraiment dans l'air du temps selon Jean-Michel Arnaud, sénateur mais surtout ex-maire concerné de Tallard.
 

Reste que le principe même de Nationales privatisées en fait bondir plus d'un . C'est le cas de la nouvelle association "Adieu glacier 05" qui ce mardi 17 novembre , jour anniversaire du lancement des Gilets Jaunes, va manifester pour s'y opposer au rond point du Sénateur à Gap . Ils devraient réaliser mardi après-midi un barrage symbolique pour dénoncer cette privatisation de biens publics.

 

 

L'analyse du magazine spécialisé "Auto Plus:

"Il s'agit d'une manne pour les concessions autoroutières et "on peut se demander quelles répercussions pécuniaires aura, sur les usagers, la concession de ces tronçons de nationales (dans les Hautes-Alpes il s'agit d'une départementale . Car s'il n'est pour l'heure pas question (du moins pas encore) d'imaginer des péages sur les RN, on sait bien que les sociétés concessionnaires d'autoroutes n'ont pas vocation à se lancer dans le bénévolat. Pour preuve, le rapport de l'Autorité de régulation des transports (ART) publié fin juillet. En 2019, le taux de rentabilité des concessionnaires historiques s'établissait à 7,8 % Une rentabilité stable, voire légèrement en hausse depuis 2017. Même le confinement, qui a provoqué une baisse exceptionnelle du trafic autoroutier de - 80 %, n'entamera leurs profits que de manière modérée. L'ART estime que les sociétés de concessionnaires d'autoroutes ne perdront que deux milliards d'euros de chiffre d'affaires : pas de quoi remettre en cause leur rentabilité en 2020. Alors certes, l'argument d'entretenir des routes en piteux état (plus de 50 % sont à rénover, et 17 % du réseau routier national est très dégradé) plaide en leur faveur, mais à quel prix pour l'usager ? L'ART préconise de maintenir la gratuité de l'accès à ces sections en rallongeant les - juteux - contrats des concessionnaires. Mais ceux-là, prolongés à plusieurs reprises, courent déjà jusqu'en 2031 et 2036. Une suggestion qui va à contre-sens du chemin que prennent nos voisins européens, notamment l'Espagne, qui commence à renationaliser, et l'Italie, qui a résilié l'un des contrats à la suite de l'effondrement du pont de Gênes.

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